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 A S S O C I A T I O N  pour l’ I N T É G R I T É   G É N I T A L E 


SELECTION D’ARTICLES
DE LA PRESSE CANADIENNE FRANCOPHONE
PORTANT SUR LA CIRCONCISION



   (Montréal)

A votre tour, dimanche 31 octobre 2004, p. A15

Lettre de la semaine

Une mutilation barbare

English translation

Je voudrais féliciter la journaliste Michèle Ouimet et le photographe Robert Skinner pour leur saisissant reportage sur l’excision (La Presse, 3 octobre), cette abominable pratique chirurgicale qui fait toujours autant de victimes dans les pays d’Afrique.

Je voudrais à mon tour dénoncer une autre intervention chirurgicale qui m’apparaît tout aussi condamnable et que l’on pratique ici au Canada et aux Etats-Unis, en toute impunité: la circoncision. Comment se fait-il que cette mutilation des organes génitaux de l’homme soit encore tolérée et acceptée chez nous et ailleurs dans des pays qui se prétendent civilisés alors qu’il a été prouvé par la science qu’une telle pratique n’est pas justifiée dans la majorité des cas ? Il n’y a que l’ignorance et des traditions sociales et religieuses dépassées pour expliquer une telle tolérance, tant de la part du public que de la part des corps médicaux.

La circoncision est une pratique aussi violente que l’excision et devrait être interdite avec unanimité par tous ceux qui respectent la Chartre des droits et libertés ou qui se prétendent des défenseurs des droits des plus faibles. Et pourtant, au Canada, de 20 à 25 % des mâles subissent cette pratique alors qu’aux Etats-Unis ce pourcentage est plus élevé. Plusieurs pensent que la circoncision ne consiste qu’à enlever un petit morceau de peau pour prévenir les maladies. Ce n’est pas le cas. Ce que l’on enlève, c’est le prépuce pénien, une enveloppe naturelle rétractable qui protège le gland du pénis et qui constitue la partie la plus érogène du pénis. Cette enveloppe contient plus de 240 pieds de nervures et 1000 terminaisons nerveuses tout en étant une structure hautement vascularisée. En la faisant disparaître, on mutile pour la vie le corps de l’homme. On risque aussi des complications chirurgicales qui, dans certains cas, ont même provoqué des décès.

Attacher un enfant à sa naissance, utiliser des couteaux et autres instruments pour lui enlever un tissu sain, fonctionnel, sans son consentement et tout cela sans anesthésie, voilà des gestes qui devraient susciter un tollé de protestations. Un bébé est un être innocent, fragile, qui ne peut décrire sa douleur avec des mots. Il n’a que ses cris, ses pleurs, ses yeux, pour exprimer sa souffrance. Le temps est venu de condamner cette horreur qu’est la circoncision. Tout enfant, mâle ou femelle, nouveau-né ou plus âgé, a le droit de garder son corps intact.

Serena Capplette

L’auteure est Montréalaise.

Elle est mère de deux jeunes garçons.

A titre d’auteure de la lettre primée de la semaine, Mme Capplette recevra une copie laminée de cette page.


Serena Capplette et ses deux fils, Owen, quatre mois, et Skyler, huit ans.
Photographe: Chamberland, Martin




   Presse Canadienne (PC)

Ethique médicale, 30/07/2004 14h39

La circoncision pourrait aller à l’encontre des droits humains

English translation

Le Collège des médecins et des chirurgiens de la Colombie-Britannique estime dans un avis à ses membres que la circoncision des bébés mâles pourrait éventuellement être considérée comme une atteinte à leurs droits humains, de quoi inquiéter plusieurs médecins face à d’éventuelles poursuites en justice.

« La circoncision de routine des bébés mâles est une procédure irréversible et inutile, affirme le Collège. C’est donc dire que pour plusieurs, il s’agit d’une mutilation qui n’a pas sa raison d’être. »

« Plusieurs hommes adultes s’interrogent à savoir si leurs parents avaient le droit de donner leur consentement à une telle procédure », poursuit l’organisme.

« Après avoir lu cet avis, nombre de médecins vont être inquiets en effectuant de nouvelles circoncisions, estime le docteur David Smith, de Vancouver. Aucun médecin ne veut se retrouver avec une poursuite dans dix ans pour avoir effectué une intervention jugée acceptable aujourd’hui. »

Selon le docteur Peter Seland, responsable de l’éthique du Collège, la circoncision n’offre aucun avantage médical, quand on tient compte des risques encourus par les bébés. Il y a deux ans, un bébé d’un mois, Ryleigh McWillis, était mort au bout de son sang après avoir subi la procédure à l’hôpital régional de Penticton.

« Les gens doivent décider eux mêmes de l’éthique d’une telle décision », ajoute le médecin pédiatre.

Pour les partisans de la circoncision, la procédure est à la fois une tradition et une question de propreté.

Mais l’officier médical de la Colombie-Britannique, le Dr Perry Kendall, estime que la circoncision mâle de routine peut se comparer à la circoncision des femmes dans certains pays africains, une pratique décriée par des millions d’opposants.

« C’est la même chose, c’est une mutilation des organes génitaux », affirme le Dr Kendall.

La position du Dr Kendall reprend à son compte en quelque sorte la Proclamation du premier symposium international sur la circoncision, faite à Anaheim, en Californie, le 3 mars 1989.

La proclamation affirme notamment que chaque être humain possède un droit inhérent à un corps intact, libre de tout préjudice racial ou religieux. Elle ajoute que les parents n’ont pas le droit d’autoriser la mutilation des parties génitales saines de leurs enfants. Quant aux médecins et chirurgiens, ils sont invités à refuser toute intervention visant à mutiler les parties génitales saines d’un enfant.



   (Montréal)

Actuel, jeudi 13 mai 2004, p. ACTUEL8

Né garçon, élevé en fille, redevenu homme, il se suicide

Agence France-Presse (AFP)

Né garçon, mais élevé en fille après une erreur médicale qui avait abouti à l’ablation de son pénis, un Canadien qui a choisi de redevenir homme à l’adolescence, s’est finalement suicidé à l’âge de 38 ans, ont annoncé hier les médias.

Les problèmes de Bruce Reimer dans la vie ont commencé quelques mois après sa naissance, en 1965, à la suite d’une circoncision dans un hôpital de Winnipeg. Opéré par un médecin généraliste, qui a raté son opération, le nouveau-né a été brûlé si gravement que son pénis a séché et tombé.

Désespérés, ses parents avaient consulté un spécialiste de l’Université Johns Hopkins de Baltimore (Etats-Unis), le psychologue John Money, connu pour sa théorie selon laquelle l’orientation sexuelle n’est pas innée, mais le produit de l’environnement social.

Il a convaincu les parents d’élever leur nouveau-né en fille, sous le prénom de Brenda, et de lui faire suivre un traitement hormonal. A 5 ans, cependant, l’enfant est déjà diagnostiqué suicidaire. Il a 15 ans quand ses parents lui ont révélé son passé. Révolté d’avoir servi de cobaye, l’adolescent décide de redevenir homme sous le prénom de David et se fait enlever les seins et implanter un pénis artificiel, fait de cartilages et de tissus musculaires. Au début de la vingtaine, craignant d’être rejeté par les femmes, il a tenté à deux reprises de se donner la mort, mais s’était finalement marié et avait adopté trois enfants, avant de se séparer de sa femme.

Son histoire a été racontée dans un livre, As Nature Made Him: The Boy Who was Raised a Girl (Comme la nature l’a fait, le garçon élevé comme une fille), publié en 2001 par un journaliste américain. Selon ses amis, David Reimer a perdu l’an dernier une importante somme d’argent dans une escroquerie financière, ce qui l’a profondément déprimé.



   (Montréal)

Actuel Magazine, vendredi 2 avril 2004, p. 2

Questions existentielles

Circoncire l’éthique ?

Langelier, Nicolas

English translation

Je suis étudiant de première année en médecine, avec le désir de devenir chirurgien. Je considère que la circoncision est un acte médical inutile (dangereux même) et moralement répréhensible. Puisque je m’y oppose pour des raisons morales, serais-je dans mon droit de refuser de la pratiquer, si des parents me le demandaient pour leur enfant ? Et la situation serait-elle différente pour une circoncision religieuse, si les parents étaient juifs ou musulmans, par exemple ?
Antoine
Montréal

Petit bout de peau, grosse question... Depuis de nombreuses années, le débat continue de faire rage entre les opposants et les partisans de cette pratique médicale et religieuse.

Commençons par régler l’aspect juridique : rien n’oblige un médecin québécois à pratiquer une circoncision préventive. Libre à vous, donc, de refuser de le faire. La situation serait évidemment différente dans le cas d’une circoncision qui serait nécessaire d’un point de vue médical, par exemple dans le cas d’une malformation. Comme vous le savez, le médecin a toujours le devoir d’agir dans le meilleur intérêt du patient.

C’est d’ailleurs cette question du meilleur intérêt du patient qui est au coeur du débat médical sur la circoncision. Pour un jeune garçon en parfaite santé, est-il mieux de rester non circoncis ou de se faire circoncire dans le but de prévenir d’hypothétiques problèmes ? Sur le plan scientifique, en tout cas, les études ne sont pas vraiment concluantes. La dernière fois qu’elle s’est penchée sur le sujet, en 1996, la Société canadienne de pédiatrie avait conclu à une incidence plus faible de certains problèmes de santé (infections urinaires, cancer du pénis, transmission des MTS, etc.) chez les individus circoncis. Mais ces résultats n’étaient pas assez décisifs pour qu’elle recommande la généralisation de la circoncision. Notons d’ailleurs qu’aucune association médicale dans le monde ne la recommande, alors que plusieurs la condamnent.

Pourquoi ? Parce que, si elle a de possibles bénéfices, la circoncision amène aussi des risques supplémentaires, tant physiques que psychologiques. Et c’est la raison pour laquelle, sur le plan de l’éthique, la circoncision pose de sérieux problèmes. Soumettre quelqu’un sans son consentement à un risque bien réel, afin de peut-être le prémunir contre d’éventuels problèmes, est un geste moralement douteux.

D’abord parce que cela viole le droit à l’intégrité physique et personnelle, un principe fondamental de notre morale et de nos lois. Plusieurs opposants soulignent d’ailleurs que la circoncision contrevient à la plupart des lois internationales sur la protection de l’enfance, dont la Convention de l’ONU relative aux droits de l’enfant (ce qui ne l’empêche pas, bien sûr, d’être tout à fait légale au Canada; loi et éthique ne vont pas toujours de pair).

D’un point de vue éthique, plusieurs considèrent que la circoncision enfreint deux des principales règles qui doivent dicter la conduite des médecins: ne faire que ce que l’on souhaiterait qui nous soit fait, ainsi que le fameux Primum non nocere (premièrement, ne pas faire de mal), la règle d’or guidant toute intervention.

La circoncision contrevient aussi à d’autres aspects de l’éthique médicale, qui exige que le médecin maintienne la vie, soulage et réconforte. Le fait que, dans tout ceci, l’enfant ne soit pas en mesure de donner son assentiment est également un aspect majeur qui pousse de nombreux médecins dans le monde à refuser de pratiquer cette opération.

Voilà donc pour les considérations morales de la circoncision préventive. Le fait qu’une circoncision soit pratiquée dans le cadre d’un rituel religieux change-t-il la donne ? Non. Un geste que l’on considère comme dangereux ou tout simplement inutile ne l’est pas moins s’il est fait à des fins religieuses. Pour donner un exemple extrême, un sacrifice humain ne sera jamais moralement acceptable, même s’il faisait partie intégrante d’une religion. Même chose avec la circoncision : vous ne feriez pas preuve d’intolérance religieuse en refusant de pratiquer un acte auquel vous avez des raisons morales et médicales de vous opposer. En tant que médecin, le bien-être physique et psychologique de votre patient devra être votre seule préoccupation.



   (Montréal)

Forum, mardi 6 janvier 2004, p. A14

La boîte aux lettres

Dans le sillage des champions de la liberté

Monsieur Jacques Chirac,
Président de la République française,

English translation

Nous vous remercions de vous être porté à la défense de la laïcité, de la neutralité de l’espace public et, surtout, de l’égalité des hommes et des femmes.

Jamais plus il ne faudra laisser le champ libre à tous ceux qui invoquent leur tradition pour dresser les petites filles à devenir, non pas des citoyennes à part entière, mais des sous-personnes résignées à se laisser traiter comme des juments poulinières ou encore à se laisser raser, voiler et même clitoridectomiser.

Les tartuffes se disent scandalisés par votre prise de position. Bien au contraire, en misant sur la cohérence et le bon sens, vous vous placez dans le sillage des champions de la liberté, tels que Gandhi qui combattit les mariages d’enfants et Diderot qui dénonça l’enfermement au couvent des filles par leur famille.

Toujours en vertu de la cohérence et du bon sens, le moment n’est-il pas venu de mieux encadrer la circoncision des mâles?

Cette mutilation permanente, à moins de justification médicale, ne devrait-elle pas être réservée à des adultes consentants, à partir de 2004?

Même le président Bush, qui impose à son personnel des cours de bible, n’aurait qu’à consulter saint Paul pour trouver de quoi justifier une législation sur le sujet. Quant à ceux qui préfèrent raisonner à la moderne, force leur est de constater que le respect de l’intégrité physique de la personne restera une formule creuse tant qu’on ne mettra pas le holà au pouvoir des parents de passer outre au nom du ciel.

Claudette Jobin
L’auteure est présidente de la Ligue des femmes du Québec



   (Trois-Rivières)

L’actualité, vendredi 22 février 2002, p. 14

Actualités en bref

La circoncision dénoncée

Presse Canadienne (PC)

English translation

Regina — Le débat sur la circoncision refait surface. Cette fois, la question est soulevée par le Collège des médecins et chirurgiens de la Saskatchewan qui soutient que la circoncision systématique chez les bébés n’est pas une pratique nécessaire.

Un porte-parole, le docteur Dennis Kendel, soutient que, selon la Société canadienne de pédiatrie, rien ne prouve que la circoncision comporte davantage de bienfaits que de risques. Le Collège des médecins et chirurgiens de la Saskatchewan demande à ses membres de discuter de la question avec les parents et de leur expliquer que la pratique n’est pas recommandée.



   (Québec)

La Une, mardi 13 février 2001, p. A2

Fonds publics réclamés pour faire interdire la circoncision

Presse Canadienne (PC)

English translation

Toronto — L’Association pour l’intégrité génitale cherche à obtenir des fonds publics en vue de se présenter devant les tribunaux afin d’obtenir que la circoncision soit désormais une pratique interdite. Le groupe se fonde sur la Charte des droits et libertés pour contester une section du Code criminel qui interdit les mutilations génitales féminines. L’association considère qu’il s’agit là d’une forme de discrimination envers les hommes.

« Tous les jours dans ce pays un garçon sur quatre qui vient au monde subit cette pratique sans son consentement et sans nécessité sur le plan médical », soutient le porte-parole de l’association, le Dr Arif Bhimji, qui pratique la médecine d’urgence à Newmarket, en Ontario.

« Nous ne voyons pas pourquoi la moitié de la société devrait être protégée par une loi et pas l’autre moitié », a-t-il fait valoir.

Mais un porte-parole de l’organisation juive B’Nai Brith Canada, Frank Dimant, a déclaré pour sa part qu’une telle interdiction serait très mal accueillie, tant par la communauté juive que par la communauté musulmane, pour lesquelles la circoncision fait partie des pratiques religieuses.

« Il est impensable d’imaginer que le Canada adopterait une loi qui interdirait aux juifs de circoncire leurs fils à la naissance. C’est pour nous un précepte religieux, un des dogmes de notre foi, et nous avons respecté ce commandement depuis des milliers d’années », a-t-il ajouté.

L’Association pour l’intégrité génitale regroupe des organismes qui s’opposent à la circoncision, comme le Centre d’information sur la circoncision, à Montréal, et Intact, dirigé par Lawrence Barichello, qui entend présenter en cour un recours collectif au nom des hommes canadiens circoncis.



   (Québec)

Samedi 23 octobre 1999, p. 27

Le Pays, samedi 23 octobre 1999, p. 27

Dépêches

Un groupe veut intenter un recours collectif au nom des hommes circoncis

Presse Canadienne (PC)

Toronto — Un groupe de pression opposé à la circoncision veut intenter un recours collectif au nom des hommes ayant subi la délicate excision à leur naissance.

Le directeur du groupe Intact, Lawrence Barichello, incite d’ailleurs les hommes circoncis à dresser chacun un dossier répertoriant les traumatismes psychologiques résultant de ladite opération.

« Aucun détail n’est trop petit, peut-on lire sur le site Web d’Intact. Si dans un vestiaire vous êtes l’objet de sarcasme à cause de votre pénis, mettez sur papier ce qu’on vous a dit et ce que ça vous a fait. »

Dans la poursuite qu’il veut intenter—vraisemblablement une première dans les annales judiciaires—M. Barichello entend révéler les noms des médecins ayant pratiqué le circoncision, ceux des infirmières et du personnel qui les y ont assistés, ceux des directeurs d’hôpitaux, ceux des fabricants d’accessoires médicaux nécessaires à l’exécution de l’opération et ceux des parents des hommes sans prépuce.

Il déposera sa requête en recours collectif dès qu’il aura rassemblé victimes et avocats.

Il souligne que les requérants doivent avoir été circoncis au Canada à leur naissance par des médecins et pour des motifs non religieux. Cependant, en vertu des règles de prescription, la plupart des candidats devraient être âgés de 17 à 18 ans.

M. Barichello, qui ne sera pas du nombre des requérants, a refusé de révéler s’il était passé ou non sous le bistouri.

« Quand on apprend que des gens touchent des indemnisations après avoir été stérilisés sans leur consentement, subi des opérations bâclées ou des traitements non souhaités (...) on s’aperçoit qu’il y a là un bon terrain pour une poursuite », a soutenu M. Barichello.

« On vous coupe une partie du corps qui a une grande importance dans la sexualité, et on le fait sans raison. C’est franchement de l’incurie », a-t-il tranché.

La présidente du comité bioéthique de la Société canadienne de pédiatrie, à l’Hôpital pour enfants malades de Toronto, la docteure Christine Harrison, estime que cette poursuite soulève de nombreuses questions quant à la notion de consentement et à l’évolution des normes sociales.

« On parle de la circoncision telle qu’elle était pratiquée il y a 17 à 20 ans déjà. A l’époque, c’était une opération mineure normale, acceptable et routinière », a commenté le Dre Harrison.



   (Ottawa)

La Région, lundi 16 août 1999, p. 10

La circoncision ne convainc pas les spécialistes

Une intervention difficile à justifier

Bonenfant, Angeley-Marie

La circoncision: voilà un mot que l’on croyait banni de notre vocabulaire.

Banni parce que la très prestigieuse association des pédiatres, aux Etats-Unis, l’Académie des pédiatres américains, a reconnu, il n’y a pas très longtemps, qu’elle « n’était pas essentielle au bien-être de l’enfant ».

Banni parce qu’au Canada, la Dre Magaret Somerville, spécialiste en bioéthique et de droit à l’université McGill a dénoncé à cor et à cri cette pratique, soulignant au passage que médicalement parlant on ne peut justifier une telle intervention.

Banni, enfin, parce que dans la région, on ne trouve aucun médecin prêt à dire qu’un homme circoncis a des avantages sur celui qui ne l’est pas.

L’ablation du prépuce, ce morceau de peau qui recouvre le gland du pénis, s’est longtemps justifié pour deux raisons: une meilleure hygiène corporelle et un moyen comme un autre de diminuer le taux de masturbation chez les garçons.

Mythes
A une époque où l’accès à un bain était difficile et où les moeurs condamnaient certaines activités nocturnes, la circoncision semblait un tant soit peu appropriée. Mais aujourd’hui où la douche n’est plus un luxe et où la masturbation est moins taboue (enfin, espère-t-on) il devient difficile, selon les différents intervenants, de justifier la circoncision.

Non, la circoncision ne permet pas à l’homme d’être plus performant. Au contraire, un homme circoncis subit des pertes au niveau sensoriel lors de rapport sexuel. Et non, elle ne permet pas à l’homme d’avoir moins chaud et d’être plus confortable en période de haute chaleur.

Ces dernières croyances ne sont que des mythes, si on en croit les paroles de l’urologue Said Faddoul, médecin au pavillon de Hull du Centre hospitalier des Vallées-de-l’Outaouais (CHVO).

Raisons médicales
Sur le plan médical, il n’est pas prouvé que « la circoncision pour des raisons non religieuses » procure des avantages pour la santé. A un point tel que la Régie de l’assurance-maladie du Québec et l’assurance santé de l’Ontario ne couvrent pas la circoncision, à moins qu’elle ne soit faite dans le cadre d’une « opération médicalement requise ». Par exemple, dans les cas d’urgence où il y a malformation du pénis. Ou encore dans les cas de phimosis, où la peau du pénis est trop serrée ou pas assez élastique, ce qui empêche de découvrir le gland.

Claude Bouchard, urologue au pavillon de Gatineau du CHVO refuse de pratiquer une circoncision si les raisons sont d’ordre esthétique ou religieuse.

« A partir du moment où la raison n’est pas médicale, je conseille de ne pas faire d’opération. J’aime mieux que ce soit indiqué médicalement », insiste celle qui fait environ deux circoncisions par semaine.

Sortir le portefeuille...
Rien n’empêche un patient de se faire circoncire pour des raisons autres que médicales, ajoute toutefois l’urologue. Sauf qu’il devra délier les cordons de sa bourse.

Les sommes demandées pour ce genre d’opération varient d’un hôpital à l’autre et frisent les centaines de dollars. A l’hôpital Montfort, l’établissement demande 110 $. Et ça, c’est sans compter les frais supplémentaires qu’imposent le médecin qui pratiquera l’opération, l’anesthésiste, etc.

Le Dr Faddoul est convaincu, tout comme la Dre Bouchard, que les hommes peuvent se passer, jusqu’à un certain point, de circoncision.

En fait, si on reprend ses paroles: « Pourquoi modifier la nature de l’homme... »

Bien que sa position soit ferme à ce sujet, il admet tout de même que la circoncision a des aspects bénéfiques.

« Certaines recherches montrent que c’est plus propre, que ça diminue les risques de cancer du col pour la partenaire, que ça évite les infections à répétition du gland », mais encore là, avise-t-il, tout est relatif. Ce sont des cas rares qui ne justifient pas l’ablation systématique du prépuce chez tous les poupons.

Outre ces quelques avantages, la circoncision réduirait les risques d’avoir le cancer du pénis et d’attraper ou de transmettre des MTS.

Désavantages
Mais comme toutes autres opérations, la circoncision a ses désavantages. On parle ici d’infection, de saignement et de défigurement.

On soupçonne également la circoncision d’être à l’origine de perte sensorielle -l’homme circoncis, selon certaines études, peut être atteint d’anorgasmie ou d’orgasme tardif - et de kératinisation du gland. De quoi faire réfléchir... Sur quoi se baser, alors, pour prendre une décision?

Jusqu’ici aucune recherche ne favorise une option plutôt que l’autre.

Comment trancher alors? Le Dre Bouchard se tourne vers les besoins pour prendre la décision. « Moi, j’examine le patient et s’il n’y a aucune raison médicale pour ce genre d’opération, je n’en fais pas. »

Point à la ligne.

Illustration(s) :
La circoncision a semé les mythes au cours des années et de plus en plus de médecins refusent de la pratiquer, à moins de raisons médicales. « A partir du moment où la raison n’est pas médicale, je conseille de ne pas faire d’opération », explique le Dr Claude Bouchard, urologue au CHVO.



   (Montréal)

Santé, dimanche 14 mars 1999, p. C4

Les pédiatres américains admettent que la circoncision n’est pas nécessaire

Clavel, Guy

Agence France-Presse (AFP)

Washington — La circoncision, une opération pratiquée sur la majorité des garçons américains dans les premiers jours après leur naissance, a subi un revers aux Etats-Unis où la toute-puissante association des pédiatres vient finalement de reconnaître qu’elle « n’était pas essentielle au bien-être de l’enfant ».

Les avantages potentiels pour la santé de cette opération, qui consiste à couper le prépuce, un repli de la peau qui recouvre le gland de la verge, « ne sont pas suffisants pour recommander une pratique habituelle de la circoncision après la naissance », a reconnu dans la revue Pediatrics une commission de l’Académie des pédiatres américains (AAP).

« Maintenant que l’AAP a confirmé qu’elle n’avait pas de justification médicale, il est clair que (le respect) des droits de l’homme impose la suppression de cette procédure », a immédiatement affirmé le responsable de l’association « Avocats pour les droits de l’enfant » (ARC), Steven Svoboda.

Les Etats-Unis sont le dernier des pays médicalement avancés à pratiquer cette opération sur la majorité des garçons pour des raisons non religieuses. Dans les années 1960, plus de 80 % des nouveau-nés y subissaient cette opération. En 1995, ils étaient 64 %, selon les derniers chiffres du Centre national des statistiques de santé. Plusieurs associations s’opposent depuis longtemps à cette pratique, certaines la comparant à l’excision, l’ablation du clitoris chez les filles.

« Nous reconnaissons maintenant que des traditions culturelles, religieuses ou ethniques ne justifient pas d’exciser une fille, (...) alors comment accepter de porter un couteau sur le pénis d’un garçon sans son consentement ? », demande M. Svoboda.

Pour lui, « le consentement des parents ne peut justifier l’ablation d’un tissu sain, que ce soit un doigt, un sein ou un prépuce, sans raison médicale valide ».

Un sondage publié en janvier dans un supplément du British Journal of Urology et réalisé auprès d’Américains circoncis pour des raisons non religieuses indiquait notamment que 60 % se sentaient mutilés et que la moitié avaient un sentiment d’infériorité par rapport aux non-circoncis.

Selon cette enquête, 61 % se plaignaient d’une perte progressive de sensibilité et 40 % déclaraient avoir des difficultés à atteindre l’orgasme.



   (Montréal)

Vendredi 7 août 1998, p. A9

Haro sur la circoncision

La Montréalaise Margaret Somerville dénonce

Marie-France Léger

English translation

La circoncision de routine chez les nouveau-nés, sans caractère religieux, encore répandue aux Etats-Unis et au Canada—très peu au Québec—vient de trouver une bioéthicienne montréalaise sur son chemin.

Margaret Somerville, directrice-fondatrice du Centre de médecine, d’éthique et de droit de l’Université McGill, fustige cette pratique qui est « contre l’éthique médicale » et qui constitue « techniquement une agression criminelle ».

Pour avoir osé dénoncer publiquement cette pratique, Mme Somerville était honorée hier à l’Université Oxford, en Angleterre, à l’occasion du cinquième Symposium international sur les mutilations sexuelles qui réunissait pendant trois jours quelque 200 médecins, éthiciens, et juristes.

Mme Somerville est tout à fait consciente d’aborder une question pour le moins délicate. Mais elle souligne que son intervention n’englobe pas la circoncision à caractère religieux pratiquée chez les Juifs et les Musulmans.

« Ma prise de position ne doit pas être interpretée comme antisémite. Je crois au contraire que la circoncision sur une base religieuse se justifie », a-t-elle pris soin de préciser au cours d’une entretien téléphonique.

L’ablation du prépuce chez les enfants de sexe masculin est plus difficile à dénoncer que les mutilations génitales chez les petites filles, a-t-elle poursuivi, puis celles-ci n’ont la plupart du temps aucun caractère religieux.

« Il y a tout de même un débat qui s’amorce dans la communauté juive. Ici, à Oxford, il y a du pour et du contre. Ce qui est important, c’est que les interrogations sur la circoncision religieuse proviennent des communautés concernées », a souligné la bioéthicienne.

Mme Somerville a aussi signalé un aspect intéressant soulevé par une invitée qui rappelait que dans l’Antiquité, on ne retirait qu’une toute petite partie du prépuce. « Ce serait aujourd’hui une avenue d’explorer. A part la circoncision religieuse, je ne vois que deux autres justifications à cette pratique: celle effectuée pour raisons médicales et celle effectuée sur une adulte consentante ».

Au Québec, la circoncision pur raison médicale est une service couvert par la Régie de l’assurance-maladie. Chaque année, entre 4000 et 5000 garçons sont circoncis, selon des chiffres fournis par la RAMQ. « On a dû s’apercevoir au cours des années qu’on payait trop pour les circoncisions non justifiées. Aujourd’hui l’urologue ou le médecin doit préciser la condition pathologique exacte », a indiqué hier Pierre Boucher, du bureau du président de la RAMQ.

Le nombre de ces chirurgies, en baisse de façon vertigineuse depuis les années 70,—30 % des nouveau-nés de sexe masculin en 1971 étaient circoncis—font tout de même sursauter John Antonopoulos, responsable de l’organisme Info-Circoncision à Montréal. « Le problème, dit-il, c’est que des médecins posent encorent de mauvais diagnostics et recommandent trop rapidement de circoncire des garçons de quatre ans dont le prépuce n’est pas séparé du gland alors qu’on sait très bien que ça peut prendre plusieurs années avant de se détacher. »

En 1996, ajoute-il, la Société canadienne de la pédiatrie a estimé qu’on évaluait mal cette période de temps, et qu’on avait recours trop facilement à la chirurgie. « En médecine, on ne doit pas enlever de partie saine de l’anatomie. L’hygiène, c’est une question d’eau et de savon, c’est tout. »



   (Montréal)

Nouvelles générales, mardi 27 janvier 1998, p. C18

Appel à la Cour surprême d’Israël pour juger de la circoncision des bébés juifs

Agence France-Presse (AFP)

English translation

Jérusalem — Une association israélienne anti-circoncision a demandé hier à la Cour suprême d’Israël d’interdire cette pratique effectuée par les rabbins sur des bébés juifs au huitième jour de leur naissance, en arguant qu’elle est contraire aux droits de l’Homme.

« Nous avons demandé à la Cour suprême d’interdire aux rabbins de faire des circoncisions, car cela porte atteinte aux droits de l’Homme puisque celles-ci sont pratiquées sans le consentement des bébés », a expliqué à la radio israélienne Ronit, une des représentantes de l’association.

S’identifiant uniquement par son prénom « pour échapper à la vindicte des milieux religieux », cette représentante a soutenu que « les circonciseurs du rabbinat opèrent toujours sans anesthésie et dans des conditions dangereuses, et que ces opérations devraient être conduites avec l’assentiment des parents sous la surveillance très stricte du ministère de la Santé ».

Le vice-ministre de la Santé, M. Schlomo Benizri, du parti religieux orthodoxe sepharade Shass (10 élus), a repoussé ces affirmations en indiquant « qu’il y a des cas rarissimes d’échec, mais que les circonciseurs réussissent nettement mieux que les chirurgiens dans ce type d’opérations ».

« Il est regrettable que certains laïcs croient devoir remettre en question un des fondements du judaïsme », a-t-il conclu.



   (Québec)

Samedi 18 octobre 1997, p. A17

Polémique autour de la circoncision

Une spécialiste en éthique, médecine et droit de McGill parle d’une « agression criminelle »

Presse Canadienne (PC)

English translation

Ottawa — La circoncision des jeunes garçons constitue une agression criminelle et devrait, par conséquent, être interdite, estime le Dr Margaret Somerville, directrice du Centre de médecine, d’éthique et de droit de l’université McGill, à Montréal.

Dans un article paru dans le New England Journal of Medecine, le Dr Somerville et le Dr David Alwin invitent les médecins à « lever le voile » sur la pratique de la circoncision au Canada.

« C’est une blessure que l’on inflige à un enfant sans son consentement et qui, sur un plan strictement médical, n’est tout simplement pas nécessaire », affirme le Dr Somerville, qui remet en question la circoncision non médicale de même que les programmes de recherche qui l’entourent.

Le Dr Somerville dit s’engager dans le débat « graduellement » et même un peu à reculons. « Je suis consciente du risque d’être accusée d’antisémitisme en me prononçant contre la circoncision, avoue d’emblée la directrice fondatrice du centre de bioéthique. Mais bien qu’il soit important de respecter les diverses croyances religieuses, les rites et les traditions, nous avons également la responsabilité de protéger ceux qui sont incapables de se défendre par eux-mêmes. »

Malgré la véhémence de ses propos, le Dr Somerville compte de nombreux appuis au sein de la communauté médicale. Le Dr Robin Walker, chef du département de néonatologie à l’Hôpital pour enfants de l’Est de l’Ontario et membre d’un comité spécial de la Société canadienne de pédiatrie, avoue que la circoncision est douloureuse. « Aucune raison médicale ne pouvait justifier la pratique de la circoncision », affirme-t-il.

« Le prépuce fait partie du pénis. C’est même un élément érogène tout à fait normal et fonctionnel », croit M. John Antonopoulos, président du Centre d’information et de documentation sur la circoncision, à Montréal.

Selon M. Antonopoulos, de plus en plus d’adultes circoncis dénoncent la « violation » qu’ils disent avoir subie enfants.

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